
Menu en QR code : ce qu'il ne remplace pas, prix affichés et allergènes
Un restaurant retire la carte papier des tables, colle un code sur chacune et considère l'affaire réglée. Elle ne l'est pas, et la raison n'a rien à voir avec le goût des clients pour le scan. Deux obligations françaises distinctes pèsent sur une carte de restaurant : le code satisfait la première, que le texte prévoit expressément, et échoue à la seconde par définition.
Se mettre en règle ne coûte presque rien. Ne pas l'être se repère depuis le trottoir, en trente secondes, avant même que quiconque soit entré.
L'affichage extérieur est une obligation à part
Le texte, c'est l'arrêté du 27 mars 1987 relatif à l'affichage des prix dans les établissements servant des repas, denrées ou boissons à consommer sur place. Il est plus ancien que le web, et deux de ses articles font tout le travail.
L'article 2 impose d'afficher les prix de façon visible et lisible de l'extérieur pour une liste de produits couramment servis : café noir, bière pression, bière bouteille, jus de fruit, soda, eau minérale, apéritif anisé, plat du jour et sandwich. Les lettres doivent mesurer au moins 1,5 cm de hauteur. Les établissements de spectacle affichent une autre liste, qui couvre le droit d'entrée, les boissons sans alcool, les alcools au verre et le champagne à la bouteille.
L'article 4 impose aux restaurants d'afficher les menus et les cartes de façon visible de l'extérieur, à partir de 11 h 30 pour le service du midi et de 18 h pour celui du soir, accompagnés d'une carte d'au moins cinq vins, ou du nombre proposé s'il est inférieur. Les mêmes documents doivent être disponibles à l'intérieur.
Lisez cela comme un cahier des charges et la conclusion tombe d'elle-même. La personne que la règle protège se tient sur le trottoir : elle n'est pas entrée, n'a rien demandé et n'a rien scanné. Un code sur la vitrine n'est pas un affichage de prix, puisque le prix n'est pas affiché. C'est un renvoi vers un prix, adressé à quelqu'un qui aurait un téléphone chargé, du réseau et l'envie d'utiliser les deux avant de décider s'il s'installe.
À l'intérieur, la formule est « directement lisible »
L'article 3 traite de l'intérieur : un document exposé à la vue du public et directement lisible, indiquant par catégorie la liste des boissons et denrées proposées et leur prix respectif.
« Directement lisible » est la formule qui règle la question des prix. Un document qui exige un appareil, une application ou un réseau n'est pas directement lisible. Ce n'est pas une lecture hostile d'un texte ancien, c'est son sens ordinaire, et c'est pourquoi les menus en QR code qui fonctionnent en France sont des compléments et non des remplacements. La carte papier reste, le code se place à côté, et le code apporte ce que le papier fait mal : les photographies, un tableau d'allergènes complet, les traductions, le plat épuisé à vingt heures.
L'article 1er ajoute un détail à vérifier sur votre carte numérique autant que sur l'imprimée : les prix affichés sont ceux effectivement payés par le consommateur, taxes et service compris, et lorsqu'un service est perçu les documents portent la mention « Prix service compris » suivie du taux entre parenthèses. Votre page web fait partie de ces documents.
Les allergènes, seul endroit où le texte prévoit le code
Vient la bonne nouvelle, et elle est réelle, parce que le texte est assez récent pour avoir anticipé exactement ce cas.
L'article R. 412-14 du code de la consommation, issu du décret n° 2015-447 du 17 avril 2015 pris pour l'application du règlement (UE) n° 1169/2011, dispose :
« Dans les lieux où sont proposés des repas à consommer sur place, sont portés à la connaissance du consommateur, sous forme écrite, de façon lisible et visible des lieux où est admis le public : 1° Soit l'information mentionnée à l'article R. 412-12 elle-même ; 2° Soit les modalités selon lesquelles cette information est tenue à sa disposition. Dans ce cas, le consommateur est mis en mesure d'accéder directement et librement à l'information, disponible sous forme écrite. »
La seconde branche, c'est le code. Un écriteau, lisible et visible des lieux où est admis le public, indiquant comment atteindre l'information allergènes, constitue l'une des deux voies de conformité. L'information porte sur les substances énumérées à l'annexe II du règlement, utilisées dans la fabrication ou la préparation d'un plat et encore présentes dans le produit fini, même sous une forme modifiée.
Les conditions sont l'endroit où les mises en œuvre échouent. « Directement et librement » exclut, en pratique :
- Un compte à créer, une connexion, une adresse e-mail avant l'affichage de la liste.
- Le téléchargement d'une application.
- Un mur de cookies ou une fenêtre de consentement entre le scan et l'information.
- Une page qui n'est atteignable que sur un réseau dont la salle ne dispose pas.
- Un PDF qui s'ouvre à un niveau de zoom illisible sur un téléphone.
« Sous forme écrite » signifie aussi que l'information doit exister comme texte dans vos propres documents, et pas seulement dans la tête du chef, absent le mardi. Elle doit enfin être exacte, ce qui relève de la discipline de cuisine et non du web : celui qui connaît la recette valide la ligne allergènes, comme il validerait une étiquette.
Les mentions qui vont à côté du plat
Quelques autres règles françaises atterrissent sur la même page, et elles sont plus faciles à tenir sur un écran que sur un carton réimprimé deux fois par an.
- L'origine des viandes. Le décret n° 2022-65 du 26 janvier 2022 a étendu aux viandes de porc, de volaille et d'ovin l'indication d'origine que le décret n° 2002-1465 du 17 décembre 2002 imposait pour le bœuf en restauration. Depuis le 1er mars 2022, le pays d'élevage et le pays d'abattage doivent être indiqués pour ces viandes crues achetées par l'établissement. Une carte numérique absorbe un changement de fournisseur en une minute.
- Le fait maison. Le décret n° 2014-797 du 11 juillet 2014 encadre la mention et son logo. L'employer est facultatif ; l'employer à bon droit ne l'est pas.
- Le service compris, comme ci-dessus, avec le taux.
Rien de tout cela ne fait du code l'instrument de la conformité. Cela en fait l'endroit où une information qui change chaque semaine peut changer chaque semaine, ce qui est le véritable argument d'une carte numérique, et un meilleur argument que celui de l'économie d'impression.
Comment bâtir l'ensemble pour qu'il tienne un samedi soir
- Gardez une carte papier. De quoi servir une salle pleine, pas deux exemplaires derrière le bar. C'est votre socle de conformité, votre réponse en matière d'accessibilité et votre secours quand le réseau tombe.
- Gardez l'affichage extérieur en vitrine, à la hauteur de lettres prescrite, avec les produits de l'article 2 et les menus de l'article 4.
- Une page par langue, plutôt qu'un sélecteur que personne ne trouve. Notre guide sur les expériences multilingues au scan explique comment orienter un scan selon la langue sans imprimer un code par langue.
- Les allergènes en colonne, pas en phrase. Une donnée structurée par plat, modifiable par la cuisine, rendue sous forme de tableau. Un pavé de prose est précisément là où se cache une erreur.
- Des prix identiques à ceux de la vitrine. Deux sources de vérité, c'est une de trop, et l'écart sera relevé par le seul client qui a vérifié.
- Ni compte, ni mur de cookies, ni application. Le texte sur les allergènes comme le simple bon sens commercial exigent que la page s'ouvre immédiatement pour un inconnu.
- Une destination réorientable. Un chevalet imprimé au printemps doit survivre à un changement de plateforme à l'automne sans réimpression. Notre page sur le QR code de menu pour restaurant détaille la mise en place.
- Testez en salle. Lumière tamisée, téléphone à bout de bras au-dessus d'une table, code sous un plateau de verre, client qui ne veut pas sortir ses lunettes. Puis refaites le test avec le WiFi coupé.
En bref
Le code est admis comme moyen d'accès à l'information allergènes, et le texte le dit en toutes lettres. Le code n'est pas l'affichage des prix, parce que deux articles d'un arrêté de 1987 décrivent un affichage qu'une personne postée devant votre porte doit pouvoir lire sans rien faire. Conservez les deux, et la seule surprise qui restera sera de constater à quel point une carte numérique simplifie tout ce qui change vraiment.
